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Histoire de Pop Music

Histoire de royauté : Dynastie Pop, héritage chromé

Pop, c’est un mot qui pète aux lèvres comme une bulle de chewing-gum. C’est une façon ronde et concise de parler d’un genre dont on n’a pas la définition exacte.  C’est le mot qu’on utilise pour qualifier tout et rien. De la musique populaire, entrainante, mainstream. Mais quand on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose. Essayez de donner une définition claire de la Pop et de ses origines, votre voisin pourrait dire l’inverse.

Pourtant, la Pop résonne partout, depuis des décennies, comme cette chose immuable installée dans nos AirPods depuis l’âge du walkman. Quand on dépasse la question de la pure scène musicale, la Pop nous parle peut-être, malgré ses allures de boite à rythmes, d’une nécessite sociale d’exister. Comme l’a fait le Rock dans les années 1950. D’ailleurs, avant Taylor Swift et Sabrina Carpenter, la Pop, c’était le Rock.

Qui porte le visage de ce royaume populaire ? Qui en sont les princes et princesses ?

De quoi la pop nous a-t-elle toujours parlé ?

Le royaume couronne son premier et, jusque-là, unique roi dans les années 1980. Un jeune afro-américain devient la plus grande pop star jamais répertoriée en chantant sur le racisme, la gloire, les femmes, l’amour, la criminalité, mais aussi sur les catastrophes naturelles (parce que pourquoi pas), et en faisant même d’une chanson d’horreur son plus grand tube. En tout cas, l’un d’eux. La Pop est-elle si large que ça ? A-t-on seulement un sujet à étudier ?

À la même époque, une touffe blonde aux dents du bonheur déclame son amour de la communauté Queer à New York, alors qu’elle a tout plaqué à 20 ans pour vivre dans des appartements miteux de la ville de la nuit en attendant la gloire, dansant à coup de grands écarts en bas résille et parlant de sexe.

Autour d’eux, un écosystème de chrome et de cuir grandi. C’est la communauté afro-américaine, la communauté queer, les femmes, les exclus, et surtout, beaucoup, les jeunes qui se retrouvent autour de leurs disques.

Donner une date de naissance à la Pop music n’est pas simple. La définir en une phrase ne l’est pas beaucoup plus (en un article, il n’est pas sûr qu’on en aura fait le tour.). Mais quand son drapeau porte les initiales de MJ, un noir, accusé d’avoir blanchi sa peau au fil des années, alors qu’il était simplement atteint du vitiligo, et Madonna, une femme, parmi tant d’autres et tous ceux avenir, on nous aura annoncé la couleur dès les années 1980. La Pop se revendique identitaire, nous fait danser la rébellion, donne aux drag queen les lipsynk d’une vie et aux ados des posters pleins de rêve.

Sensation de déjà vu ? Le Rock’n’roll lui aura bel et bien ouvert la voix.

Aujourd’hui, des princes et princesses, il y en a plein. Des revendications, il y en a eu aussi. D’un point de vue historique, il a eu des étapes.

Sex on the Beat

Chanson présente sur le premier EP de la jeune chanteuse slovaque Adéla, The Provocateur, 2025

Le corps humain est, depuis toujours, une muse de l’art. L’exploitation de la sexualité sur la scène musicale ne date pas d’hier, mais la Pop y a glissé son mot.

En 2002, Christina Aguilera sort Dirrty. Culotte taille ultra basse, mèches bicolores et piercing lustrés. L’icône se dévoile comme une femme ultra sexualisée dans un clip qui s’ouvre sur sa descente, alors qu’elle est en cage, dans une arène dont le public, entièrement masculin, se déchaîne. Au milieu du ring, des danseuses. La mise en scène spatiale est très significative : les femmes sont au cœur de l’arène, stars du spectacle, objets de désir suprême. Ultra-skinny, peaux lisses, bouches glosées. Les hommes en sont en délire.

Ici, le rapport homme-femme est inversé. On avait à l’époque de Livin’ On a Prayer les filles qui hurlaient pour espérer grimper sur la scène de Bon Jovi et obtenir un baiser de l’homme-star blond, un anneau pendant de son lobe. Ici, les hommes, comme des chiens de combats, sont prêts à sauter sur le ring pour atteindre les danseuses. Le souci, c’est qu’ils n’y parviennent pas. Aucun de ces hommes n’a le privilège de respirer le même air que Christina.

Le sexe redevient une question centrale, comme il l’a beaucoup été au fils des âges et des arts. Mais les icônes pop, majoritairement féminines, y ont ajouté le twist de permettre leur sexualisation sous leurs propres directives. Le désir féminin reprend une dimension identitaire et personnelle.

Plus de dix ans plus tard, ARTPOP, le troisième album studio de Lady Gaga sorti en 2014, comporte bon nombre de titres axés sur la sexualité de l’artiste. D’autant plus que ce n’est pas la première fois que la chanteuse new-yorkaise aux origines d’immigrée italienne parle de bisexualité.

Dans son titre Sexxx Dreams, elle superpose sa voix chantante et sa voix parlante pour exprimer son désir envers une personne bien précise. La tension monte, on imagine sa dévotion, on ressent sa détresse. Ce n’est qu’au pré-refrain que l’on comprend qu’elle pare d’une femme :

« Heard your boyfriend was away this weekend
Wanna meet at my place?”

“J’ai entendu dire que ton copain était parti pour le weekend
Tu veux venir chez moi ? ».

D’ailleurs, le titre de la chanson porte trois x, faisant un clin d’œil à l’industrie du porno.

Dans le même album, dans son titre Aura, Gaga reprend le terme de burqa pour en faire tant une critique politique que de créer un fantasme autour du vêtement. Elle aborde un sujet interdit:

« Do you wanna see me naked lover?
Do you wanna peek underneath the cover?
Do you wanna see the girl who lives behind the aura.”
(Aura est ici utilisé à la place de burqa)

« Veux-tu me voir nue, Amant
Veux-tu jeter un coup d’œil sous les draps ?
Veux-tu voir la fille qui vit derrière l’aura ? »

Elle ne prononce le mot burka qu’à la fin, nous permettant de réfléchir en rétrospective sur la chanson.

Aujourd’hui, ces mêmes thèmes que l’on retrouve chez beaucoup plus d’artistes pop qu’avant, se répercutent dans les textes et clips musicaux d’Adéla. Sex on The Beat a été pensé par la chanteuse slovaque comme une manière de reprendre le pouvoir sur son corps. Elle explique dans son interview donnée à la chaîne YouTube de Khal Ali, en évoquant le travail du chorégraphe Robbie Blue, avec qui elle a travaillé sur ses clips : « C’est tres intéressant, imaginez mettre une pop girl dans cela (en référence au clip Fuck To The Beat the Robbie Blue), c’est une très bonne représentation du fait de posséder sa sexualité. Oui je vais être sexualisée. Mais puisque c’est le cas, je vais vous mettre mal à l’aise ».

Vogue

Titre de Madonna, 1990

Madonna est devenue une icône queer en rendant visible la communauté. En lui donnant le micro et son cœur entier. En 1990, elle sort Vogue, qui tire son titre de la danse du même nom, le Voguing. Dans le documentaire de pop culture incontournable Paris Is Burning, de Jennie Livingston, 1991, on y découvre la pratique, en plus des décors de la communauté queer afro-américaine de New York. Considérée comme underground, il n’a pas toujours été simple (encore aujourd’hui) pour la communauté de trouver une scène.

Avec la vague de sida des années 1980, l’homophobie, combinée au racisme, prend une ampleur colossale. Madonna fait partie de celles qui ont pris le parti de se jeter dans l’arène pour la cause. Si de nos jours, Tate McRae, Sabrina Carpenter ou Ariana Grande ont des danseurs gays sur scène, c’est que Madonna l’a déjà fait.

Vogue est devenu tant un titre joué sur les podiums des drag queen que sur les podiums des défilés de mode.

La femme sublimée par les queers. C’est un phénomène que l’on retrouve aussi bien dans la mode et la haute couture. Une partie des créateurs de mode sont des hommes homosexuels, designant et imaginant des silhouettes pour des corps qui ne sont pas les leurs. Il y a un privilège dans la relation entre les femmes icônes et les hommes queers que l’on ne retrouve pas partout. La pop culture en est le plus gros témoin.

Des princes, dans la Pop, chanteurs ou non, il y en a.

Si l’on sort de la musique, pour prendre la pop culture au sens plus large et se recentrer sur la mode, un nom résonne comme celui du Christ au milieu d’une église : André Leon Talley. Homme noir, queer, et rédacteur en chef de Vogue jusqu’en 2013.  Il a construit avec Anna Wintour un empire. Il aura écrit à ses débuts pour Interview magazine. Il aura soutenu John Galliano à l’époque où le créateur avait débarqué à Paris sans argent. Il organisait le Met Gala. Andre Leon Talley, c’est un prophète de la mode. Il nous a quitté en 2022.  

Mais revenons à la musique.

Bien que médiatiquement parlant, il n’est jamais très bon de comparer Madonna à Lady Gaga, dans la même lignée, Born This Way s’est inscrite comme un hymne à l’amour queer. Stefani Germanotta, profondément religieuse, pose une base qui restera solide dans le monde la pop culture : la question de la religion et de l’identité de genre et sexuelle ne doivent pas automatiquement s’exclure l’une de l’autre.

Break The Ice

Titre de Britney Spears, 2007

Sur la question de la descendance, Britney Spears n’a pas de soucis à se faire. S’il y a bien une chose que son père, les juges, et les personnes responsables de la mise en place de sa tutelle en 2008 n’ont pas réussi à lui enlever, c’est la certitude qu’elle aura une descendance digne des plus grands. On peut déjà en citer deux, très différentes, mais affirmées, et surtout, choisies par le public pour l’incarner : Tate McRea et Addison Rae.

Britney Spears fait partie de ces femmes à qui on a tout essayé de dérober, mais la Pop (à l’instar de la célébrité) l’aura peut-être sauvée. Quand elle devient connue dans les années 1990 au Mickey Mouse Club, elle n’a qu’entre douze et quatorze ans. Elle est alors une enfant chérie de l’Amérique. Une petite douceur blonde. Très vite, sexualisée, alors mineure, le monde se dérobe sous ses pieds. Elle est moquée, détractée. À mesure que sa carrière prend de l’ampleur, c’est tout un système d’oppression qui s’est monté autour d’elle. Mais d’une certaine manière, sont parcours musical nous laisse un témoignage plus que salutaire pour les années à venir.

Lorsqu’elle sort …Baby One More Time en 1998, elle n’a alors que dix-sept ans. Elle vient briser cette image de l’enfant chouchou de l ‘Amérique. Et puisqu’elle a été sexualisée jusqu’alors, autant attraper le taureau par les cornes. Dix plus tard, sa tutelle est mise en place. Les disques de Britney Spears évoluent au fil des décennies : alors qu’elle est une banque vivante pour son entourage, qu’elle enchaîne les tubes commerciaux et les prestations à Las Vegas (ou elle a fait une résidence de quatre ans de 2013 à 2017), ses textes nous rappellent qu’il y a une femme battante derrière ses personnages.

Pure coïncidence, choix conscient du père de Britney ne se rendant pas compte de la balle qu’il s’est alors tirée dans le pied, manifestation que la femme derrière le produit n’a jamais cessé d’exister… On pourrait épiloguer.

Ce qui est sûr, c’est que dans cette volonté de briser les chaînes d’abus et de revendiquer son indépendance, Addison Rae a pris des notes. La jeune femme, qui s’est faite connaître sur les réseaux sociaux avec ses vidéos de danse sur Tik Tok à partir de 2019, a connu le revirement de carrière et d’image le plus frappant de sa génération. Bien que son succès soit encore discutable pour une partie du public international, elle gagne de mieux en mieux sa place. Voix lascive, dans les aigues, sur des productions axées années 2000 (on ressent une forte influence de la Kylie Minogue de Come Into My World et Can’t Get You Out of My Head), une esthétique de sirène sur des scénographies un peu cheap (c’est encore le début, et en toute franchise, ça lui va plutôt bien).

Dans In the Rain, la jeune chanteuse de vingt-cinq ans décrit le phénomène Britney :

« Misunderstood but I’m not gonna sweat it
Isn’t it all for the show ?”

“Incomprise mais je ne vais pas en faire toute une histoire
N’est ce pas tout pour le show ? »

Puis enchaîne avec son refrain :

« So I cryOnly in the Rain »
“Donc je pleureSeulement sous la pluie”

Cette chanson nous rappelle un autre moment incontournablement triste de la pop culture : en 1998, alors qu’elle n’a que 18 ans et démarre sa carrière de mannequin, Gisele Bündchen, aujourd’hui top model international, défilait pour Alexender McQueen sur une mise en scène pluvieuse seins nus. La jeune femme n’avait pas été prévenue, un make-up artiste en back stage ne voulant pas l’abandonner dans sa détresse lui avait peint la poitrine pour donner une illusion d’un semblant de vêtement. Ce jour-là, les larmes de Gisele se sont confondues avec la pluie artificielle du défilé.

Si nous avons cité Tate McRea dans la liste, c’est parce qu’elle est aujourd’hui l’une des héritières les plus en vogue du royaume de la musique pop. Dans sa musique, on entend des inspirations RnB et Trap. Mais Tate, c’est surtout une fille née en 2003, d’abord danseuse professionnelle (elle a été danseuse pour Justin Bieber à l’époque de sa tournée Purpose, en 2016, Tate avait alors 12 ans) qui remplit aujourd’hui des stades en parlant de ses relations, de sa sexualité de femme adulte, mais aussi de ses contradictions. Les mises en scènes de McRea sont toujours hyper stylisées et travaillées avec une équipe de danseur dont elle fait partie à part entière à la pointe de l’excellence.  

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